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Blog révolu CGT-révolue du Département du Nord

"On a l’impression d’avoir invité un ami à dormir et qu’il ne veut plus partir!»

29 Décembre 2010 , Rédigé par modérateur Publié dans #Chronopolitique


Après avoir invité la Coordination des intermittents et précaires d'Ile-de-France à s'installer quai de la Charente, à Paris, la mairie veut l'en faire partir. Par tous les moyens. Symbole de la révolte des intermittents du spectacle en 2003, la CIP-IDF, lieu expérimental d'auto-organisation, est devenue encombrante aux yeux des élus socialistes de la ville.

La mairie de Paris cherche à faire craquer la Coordination des intermittents et précaires d’Ile-de-France


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24 Décembre 2010 Par
Carine Fouteau

Après avoir invité la Coordination des intermittents et précaires d'Ile-de-France (CIP-IDF) à s'installer quai de la Charente, à Paris, la mairie veut l'en faire partir. Par tous les moyens.

Symbole de la révolte des intermittents du spectacle en 2003, la CIP-IDF, lieu expérimental d'auto-organisation, à l'origine entre autres des «grèves» de chômeurs, est progressivement devenue encombrante aux yeux des élus socialistes de la ville. Au point que le tribunal d'instance du XIXe arrondissement, à la demande de la Société d'économie mixte de la ville de Paris (Semavip), a ordonné, le 17 septembre 2010, son expulsion et l'a condamnée à de lourdes astreintes financières.

Depuis plusieurs semaines, les négociations sont au point mort, la situation apparaît bloquée. À tout moment, l'évacuation par les forces de l'ordre peut avoir lieu. Sollicité, le président de la cour d'appel a proposé, le 14 décembre, une procédure de conciliation. Acceptée par la CIP-IDF, celle-ci a été refusée par la Semavip. La mairie vient, en outre, de rejeter une offre de médiation venue du Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (Syndeac).

Au départ, les intérêts des uns et des autres étaient pourtant convergents. À l'automne 2003, Christophe Girard, adjoint au maire chargé de la culture, juge utile d'héberger la Coordination qui vient, cet été-là, de jouer un rôle déterminant dans la lutte contre la réforme de l'assurance-chômage des intermittents. Festivals annulés, blocages de tournage, occupations de plateaux de télévision et de radios, élaboration d'une expertise collective donnant lieu des contre-propositions: les modes d'action employés tranchent avec les usages des organisations syndicales, peu revendicatives dans le secteur, à l'exception de la CGT. À peine quelques mois après avoir fait irruption dans l'espace public, la CIP-IDF s'impose comme un interlocuteur central des élus et des pouvoirs publics.

Manière d'afficher son soutien, la mairie de Paris lui ouvre les portes du 14 quai de la Charente. Des centaines d'initiatives voient le jour, dépassant les questions culturelles. Permanences hebdomadaires d'information sur les droits des intermittents, des chômeurs et des «bénéficiaires» des minima sociaux, occupations de locaux de Pôle emploi ou des Caisses d'allocations familiales, débats publics, projections de films, concerts, lectures, création d'une «Université ouverte» ou encore établissement de liens avec la recherche publique: en quelques mois s'invente un espace d'échange et de production de savoirs, ouvert à tous et gratuit. «La ville de Paris les traite comme des malpropres»
En juin 2008, la situation se dégrade lorsque la Semavip demande à récupérer le bâtiment pour y construire des logements sociaux et une crèche. «Cet endroit, nous l'avons mis à disposition gratuitement et à titre temporaire. Gratuitement, j'insiste. Les choses étaient claires dès le début», indique-t-on au cabinet de Christophe Girard, chargé du dossier. Dans les mois qui suivent, deux propositions de re-logement sont faites, l'une avenue Gambetta, l'autre rue Curial. Aucune n'est retenue par la CIP-IDF. La première car le site, dont la superficie est divisée par deux, ne permet pas d'accueillir du public, la seconde car les locaux sont situés dans un quartier où elle estime sa présence inappropriée.

Certains, à la Coordination, regrettent de ne pas avoir accepté l'avenue Gambetta, qui, depuis, a été re-attribuée, mais tous sont d'accord pour dire que la rue Curial ne convient pas. «Dans une cité qui manque cruellement d'équipements collectifs, nous considérions que la priorité était de rendre cet endroit inutilisé disponible pour les habitants», indique la CIP-IDF, dans un communiqué du 9 décembre. «Ces locaux, ajoute-t-elle par ailleurs, ne (seront) disponibles qu'après une phase de travaux et pour une période brève», puisque «la parcelle concernée doit être rapidement transformée en espace vert».
La mairie confirme l'information, précisant même que les lieux devront être libérés... à l'automne 2011. Soit environ six mois d'activité réelle. Néanmoins, précise-t-on, «c'est à prendre ou à laisser». «Les choses ont assez duré, insiste-t-on, cela fait deux ans qu'on aurait dû commencer les travaux. Il s'agit d'une grande opération d'intérêt général. Ces gens ne semblent pas très préoccupés par l'intérêt général. C'est regrettable. On a fait d'innombrables réunions, avec des propositions correspondant au cahier des charges. Maintenant, ça suffit. Notre priorité absolue est de libérer le quai de la Charente.» Même tonalité au cabinet de Roger Madec, maire (PS) du XIXe arrondissement et président de la Semavip: «On leur propose des locaux, on est prêt à mettre de l'argent pour les retaper, ils n'en veulent pas et on se fait accuser de tuer un lieu d'expérimentation sociale. C'est le monde à l'envers! D'accord, pour Curial, six mois d'occupation, c'est trop court, mais on pourrait aller au-delà, deux ans peut-être.»

Cette proposition, la Coordination la qualifie de «leurre» et la considère comme un moyen pour se débarrasser d’elle. Elle-même a repéré plusieurs bâtiments inoccupés. Elle vise notamment deux étages vides d’un ancien immeuble de bureaux situé boulevard de Charonne. Elle l’a fait savoir depuis longtemps. En vain. «On n’est pas une agence immobilière quand même! C’est nous qui faisons les propositions, pas eux. On a l’impression d’avoir invité un ami à dormir et qu’il ne veut plus partir!», lance-t-on au cabinet de Christophe Girard.

«La situation est surréaliste», indique René Dutrey, conseiller de Paris (Verts), l’un des seuls élus à soutenir la CIP-IDF. «La ville de Paris a été bien contente d’accueillir le fleuron de la lutte des intermittents en 2003, et maintenant, elle les traite comme des malpropres. Cette gestion est inacceptable, notamment le refus de médiation», estime-t-il. Selon lui, les désaccords sont aussi politiques: «La mairie est très agacée par certaines de leurs opérations de tractages, où ils disent ce qu’ils pensent de la politique sociale et culturelle de la ville.» «Leur proposer Curial, ajoute-t-il, c’est aller dans le mur, ça montre leur volonté, au fond, de ne pas les reloger.»

«C’est dommage, regrette-t-il, car des solutions existent pour les collectifs d’artistes. Il suffirait de gérer de manière plus fluide le patrimoine inoccupé de la ville. Le collectif de la Gare expérimentale a le même problème. Entre le moment où un bâtiment est acheté et le moment où commencent les travaux s’écoulent toujours au minimum deux ou trois ans. Pendant cette période, il est plus économique que les lieux soient occupés que laissés vides.» «Nous avons besoin de lieux pour habiter le monde»
Dans le bras-de-fer qui l'oppose à la mairie de Paris, la Coordination pèse moins lourd qu'en 2003. Structure mouvante et fragile, elle peine parfois à se prononcer collectivement et la fatigue liée à deux années de contentieux commence à se faire sentir. Mais elle peut encore compter sur son activisme et son influence, comme en témoigne la pétition «Nous avons besoin de lieux pour habiter le monde», signée par plus de 6.000 personnes, parmi lesquelles de nombreux philosophes, chercheurs, metteurs en scène, musiciens et écrivains.

À quelques semaines de la renégociation des règles du régime d'assurance-chômage, l'enjeu devient politique. En vue de cette échéance, le Syndeac, représentant le patronat du secteur, rappelle Bertrand Delanoë à ses engagements, le maire ayant promis que «la Coordination ne serait pas à la rue» et qu'il n'y aurait pas d'expulsion sans relogement. «À l'heure où la situation devient de plus en plus difficile pour l'ensemble des techniciens et des artistes intermittents du spectacle, où la précarité gagne du terrain dans notre pays, il est primordial, écrit cette organisation, de ne pas rajouter du chaos en sanctionnant la Coordination qui joue un rôle essentiel et indispensable sur le plan de la solidarité dans nos professions. À la veille de la renégociation du protocole de l'assurance chômage, les sanctions prononcées à l'encontre de la CIP-IDF constituent une attaque violente faite aux artistes et techniciens et un signe négatif très fort donné à l'ensemble des professionnels de l'art et de la culture.»

En offrant l'hospitalité à la Coordination, il y a sept ans, la mairie de Paris a pris parti. La manière dont elle saura, ou pas, renouer le dialogue, fera office de test sur sa capacité à accompagner, sur le long terme, des projets centrés sur des questions sociales et culturelles supposées centrales pour elle.


http://soutien-cipidf.toile-libre.org/

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Tourtaux 29/12/2010 19:12



Ne t'inquiétes pas, j'ai déjà ma petite idée mais d'ici là, place aux luttes!



Tourtaux 29/12/2010 18:26



Je vais en remettre une tite louche sur mon blog



modérateur 29/12/2010 18:55



oui, car la CIP IDF, c'est symbolique - ça nous dit quoi voter aux prochaines élections - ou ne pas voter.