Jeudi 3 avril 2008

 Bonheur Patronal Brut

"Manager, c'est donner du sens" in Partenaires - Mars 2008

 

 

Encore un article sur la DGARH dans « Partenaires », le journal de la DGARH et fanzine présidentiel. Cet article qui présente une nouvelle responsable est intitulé : « Manager, c’est donner du sens ».

« Manager » ! Quel mot ! Mais surtout quel sens ?

Habitués à la légèreté du journal de « la vie heureuse au travail», nous sommes quand même consternés par l’apparente vacuité de cette phrase.

Il est paradoxal de parler de sens dans une phrase qui n’en n’a pas, pour autant, en y réfléchissant bien, on y trouvera les signes d’une certaine détermination.


Intéressons-nous d’abord à l’aspect lexical. Pour ce verbe, pivot de la doxa libérale, rien dans le Littré, rien dans le Grand Robert de 1953. Ce mot n’apparaît que sous la forme de substantif, dans une acception relative au spectacle et au hippisme. Tiens donc…

Ce mot est un nouveau concept, une construction intellectuelle qui nous est étrangère, il nous est arrivé tout droit d’Amérique dans les années 80, avec les Mac Do et les sociétés multinationales transatlantiques.


"Il ne suffit pas de construire du sens, il faut aussi donner une direction "

 Mao Zedong - citation apocryphe


Nous savons ce que cela signifie. Il s’agit en fait de substituer aux anciennes relations humaines de direction et d’animation des services, des techniques éprouvées pour imposer aux travailleurs de travailler mieux, de travailler plus pour un moindre coût à l’entreprise. Il faut leur enfoncer dans le crâne que le projet de l’entreprise est également le leur. C’est encore en rajouter, au chapitre de l’aliénation du travail.

Les tenants de ces techniques sont formés à la sociologie et à la psychologie, toutes ces sciences dites humaines qui ont été dévoyées pour n’être plus que des machines à asservir.  

Pour ce qui est du sens, on reste sur notre faim.

Le sens de qui, le sens de quoi, etc... 

Le mot, dans son intransitivité, ouvre le champ à toute interprétation. Nous sommes face à un vide sémantique inouï.

Ce qui laisse perplexe, c’est son association avec le verbe manager ; compte tenu de ce poids idéologique, il est aisé d’imaginer de quel sens il s’agit – le journaliste ne le développera pas, le journaliste ne le dévoilera pas, il vaut mieux le taire -, c’est là la vraie communication de la collectivité.

Nous avions déjà du mal à supporter la communication sarkozienne qui repose essentiellement sur des tautologies (travailler plus pour gagner plus), il va falloir désormais s’éreinter à décrypter la communication de la collectivité.

Elle consiste à présenter la boutique comme un petit Bouthan territorial.

Pourquoi ne pas appeler un chat, un chat, nous qui les aimons tant !

C’est fatigant !
Polyphème


 


















par Polyphème publié dans : new-age management
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Mardi 4 mars 2008
[Nous publions ici un droit de réponse de la "psychologue"(du travail) - à  ne pas commenter SVP -- le modérateur]

Une réponse de la « psychologue-du-travail »
 
 
Je m’appelle Anaïs CARTON, je suis psychologue du travail au Conseil Général du Nord et j’anime depuis octobre 2007 les ateliers de gestion de stress que vous critiquez si vivement dans votre texte.
A l’origine de ces ateliers, il existe une demande, réelle, d’agents se questionnant, d’agents en difficulté, d’agents en souffrance… rencontrés au gré d’entretiens individuels. Rapidement se posera la question du temps et de l’espace pouvant être accordés à ces personnes : c’est pour cette raison que j’ai proposé ces ateliers. Comment ! Tous les agents de la DDRH ne seraient pas vendus à la solde de l’impératif capitaliste qu’il vous tient tant à cœur de dénoncer ? Vous me voyez fort aise de venir « bousculer » votre vision fantasmatique de la réalité… Bien sûr, l’origine, les causes de cette demande (exponentielle si l’on en juge par le nombre de personnes intéressées… et présentes !) posent question, cela étant, fallait-il plutôt ne rien faire, ne rien tenter ? Le bien est-il nécessairement l’ennemi du mieux ? C’est un point de vue, pas le mien… je travaille avec et pour des êtres humains !
 
Parlons un peu de ce que vous dénoncez d’ailleurs… Vous jugez sans connaître : avez-vous pris la peine d’assister à un atelier ? Je ne me rappelle pas avoir vu y assister quiconque se revendiquant de votre syndicat, curieux de voir ce qu’il s’y pratiquait ! J’en déduis donc que vous ne vous êtes probablement arrêté qu’aux propos d’un journal avec lequel vous semblez être fondamentalement en désaccord. Peut-être craigniez-vous que trop de calme fasse faiblir l’engagement dans une lutte associative, politique ou syndicale ? Permettez-moi d’en douter : vos trente années de pratique de yoga parlent d’elles-mêmes…
La confusion des genres est telle que je ne sais pas ce que vous remettez le plus en cause : les ateliers ? La politique RH ? La fonction de psychologue du travail (et non de « thérapeute conseillère DRH », car l’expression a beau être une monstruosité sémantique à vos yeux, si vous réétudiez la sémiologie du terme vous n’y trouverez aucun lien avec la thérapie) ? Je ne parviens pas à le dire… tout à la fois peut-être ! N’empêche : comment vous donnez le droit de juger mon travail ? Mes accointances politiques ? Les réflexions qui sont les miennes face aux difficultés que je rencontre quotidiennement dans mon travail ?
Votre article ressemble fort à un procès d’intention… c’est une pratique comme une autre, propre je le suppose à faire passer un message à tout prix… sauf au prix de l’instrumentalisation d’une personne. C’est à mon sens la limite que vous avez franchie.
Je ne pense pas être « lisse », ni consensuelle, ni complice, et je fuis le politiquement correct ! Mais sachez, Madame ou Monsieur (l’anonymat d’un pseudonyme semble parfois très confortable), que, pour ma part, je ne dénonce pas sans être (ou m’être) informée, sans connaître, sans comprendre.
Finalement, quelle pratique est la plus lénifiante ? Celle qui, à un niveau donné, propose de l’aide, consciente du contexte, consciente des limites, en manifestant un profond attachement à l’humain…ou celle qui remet en cause, tourne à la dérision toute initiative dès lors qu’elle est « portée » par une instance dont vous vous méfiez ?
 
Quoiqu’il en soit merci de cette publicité involontaire… les commentaires du blog, dans leur majorité, me laissent à penser que la démarche est plus constructive que vous ne voulez nous en persuader.
 
par Anais Carton publié dans : new-age management
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