Bonheur Patronal Brut
"Manager, c'est donner du sens" in Partenaires - Mars 2008
Encore
un article sur la DGARH dans « Partenaires », le journal de la DGARH et fanzine présidentiel. Cet article qui présente une nouvelle responsable est intitulé : « Manager, c’est
donner du sens ».
« Manager » ! Quel mot ! Mais surtout quel sens ?
Habitués à la légèreté du journal de « la vie heureuse au travail», nous sommes quand même consternés par l’apparente vacuité de cette phrase.
Il est paradoxal de parler de sens dans une phrase qui n’en n’a pas, pour autant, en y réfléchissant bien, on y trouvera les signes d’une certaine détermination.
Intéressons-nous d’abord à l’aspect lexical. Pour ce verbe, pivot de la doxa libérale, rien dans le Littré, rien dans le Grand Robert
de 1953. Ce mot n’apparaît que sous la forme de substantif, dans une acception relative au spectacle et au hippisme. Tiens donc…
Ce mot est un nouveau concept, une construction intellectuelle qui nous est étrangère, il nous est arrivé tout droit d’Amérique dans
les années 80, avec les Mac Do et les sociétés multinationales transatlantiques.
"Il ne suffit pas de construire du sens, il faut aussi donner une
direction "
Mao Zedong - citation apocryphe
Nous savons ce que cela signifie. Il s’agit en fait de substituer aux anciennes relations humaines de direction et d’animation des services, des techniques éprouvées pour
imposer aux travailleurs de travailler mieux, de travailler plus pour un moindre coût à l’entreprise. Il faut leur enfoncer dans le crâne que le projet de l’entreprise est également le leur.
C’est encore en rajouter, au chapitre de l’aliénation du travail.
Les tenants de ces techniques sont formés à la sociologie et à la psychologie, toutes ces sciences dites humaines qui ont été dévoyées pour n’être plus que des machines à asservir.
Pour ce qui est du sens, on reste sur notre faim.
Le sens de qui, le sens de quoi, etc...
Le mot, dans son intransitivité, ouvre le champ à toute interprétation. Nous sommes face à un vide sémantique inouï.
Ce qui laisse perplexe, c’est son association avec le verbe manager ; compte tenu de ce poids idéologique, il est aisé d’imaginer de quel sens il s’agit – le journaliste ne le développera pas, le journaliste ne le dévoilera pas, il vaut mieux le taire -, c’est là la vraie communication de la collectivité.
Nous avions déjà du mal à supporter la communication sarkozienne qui repose essentiellement sur des tautologies (travailler plus pour gagner plus), il va falloir désormais s’éreinter à décrypter la communication de la collectivité.
Elle consiste à présenter la boutique comme un petit Bouthan territorial.
Pourquoi ne pas appeler un chat, un chat, nous qui les aimons tant !
C’est fatigant !
Polyphème
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